27/11/17

Pourquoi Macron et l’Europe soutiennent-ils la Mafia espagnole?

Est-ce la manière de fonctionner de Rajoy et de son ex-trésorier
Barcénas et la corruption que l'Europe veut promouvoir comme
modèle de fonctionnement européen ?




C’est une question qu’il faut poser, et faudra poser, et pour laquelle la réponse est éminemment importante. Elle induira en effet le futur ou le non futur de l’Europe. Peut-on en effet imaginer une Europe solide et durable construite sur la base de la corruption de pays et de partis politiques. Ce qui est le cas de l’Espagne et du Partido Popular de Mariano Rajoy, désigné par les médias espagnol comme le parti le plus corrompu d’Europe.

Tout d’abord : Pourquoi parles t-on de mafia espagnole à propos du Partido Popular. La définition donnée généralement pour désigner le terme Mafia est souvent : « une organisation criminelle ».

Le termes d’  « organisation criminelle » est utilisée par nombre de juges et de magistrats espagnols pour désigner le Partido Popular (PP). Ignacio Gonzalez, ancien président PP de la communauté de Madrid, mis en examen et poursuivi pour être le responsable d’une « Organisation criminelle » dans le cadre de l’affaire de corruption « Lezo ».

Le juge du parquet national, José de la Mata, a ouvert une instruction dans le cadre de l’affaire des « papiers de Barcénas », du nom de l’ex-trésorier du PP et ami de Mariano Rajoy, pour des délits d’ « organisation criminelle, association illégale, trafic d’influence, blanchiment de capitaux… »
Le chef de la brigade anti-fraude espagnole, Manuel Morocho, a affirmé le 7 novembre dernier, devant les députés de la commission d’investigations sur le financement du Partido Popular que les structures de ce parti « répondait au profil d’une organisation criminelle », pour ses actions dans le cas de l’affaire Gürtel.

Lors de ses réquisitions, Conception Sabadell, procureur du parquet anti-corruption espagnol, a affirmé que les responsables du parti avaient mis en place des « mécanismes véreux dans l’attribution des marchés publics (qui) se sont consolidé comme un problème structurel ». Elle a indiqué aussi que « la nature des délits commis et leur préjudice pour les fonds publics s’étendirent et s’enracinèrent durant une large période de temps dans de multiples collectivités dirigées par le Partido Popular ».

Le 3 novembre denier le parquet anti-corruption espagnol faisait incarcérer José Manuel Villarejo, un ex-commissaire de police, proche du Partido Popular. Le motif de cette détention est de démanteler « une organisation criminelle » dont l’ancien policier était l’un des responsables. Une organisation criminelle dédiée selon les enquêteurs à « réintroduire en Espagne et dans d’autres pays de l’Union européenne des fonds provenant d’activités illicites liées à la corruption internationale dans les affaires ».

Dans cette affaire, Martin Blas, le patron des Asuntos Internos, l’équivalent de notre IGS, la police des polices, affirme : « l’aspect le plus sérieux de tout le réseau de la corruption policière à l’époque du ministre Fernández Díaz (Ministre de l’Intérieur du Gouvernement Partido Popular de Rajoy. NDLR) est ce qui a été fait par le ministère de l’Intérieur et le ministère public pour empêcher le déroulement de l’enquête. Les plus hauts niveaux de l’exécutif ont essayé sans vergogne, presque publiquement, d’entraver l’action de la justice ».

Le premier juge en Espagne à mettre un banquier en prison, Elpidio José Silva, un des spécialistes des affaires de corruption en Espagne indique le 21 octobre « Le Partido Popular est présenté comme une organisation criminelle par des juges qui instruisent les affaires de corruption ».

Cette « organisation criminelle » du Partido Popular qui est actuellement au pouvoir s’est servi de ses pouvoirs de justice pour freiner les affaires en cours. Outre les pressions sur les juges, sur les policiers, le Partido Popular a essayé de détruire des preuves de ses corruptions.

Le 14 novembre 2017, le journal Publico apporte les preuves que le commissaire José Luis Oliveira, actuel patron des renseignements généraux espagnol, ex-patron de l’Unité anti-Fraude, a menti lors de son audition devant le congrès des députés. « Oliveira a manœuvré pour tenter de réduire ou faire disparaître les preuves de corruption du Partido Popular. (…) Il a joué un rôle dans l’opération Catalanya qui visait à mouiller dans des affaires des leaders catalans. Un manipulation conduite avec le commissaire Villarejo », aujourd’hui en prison, pour, entre autres des affaires de corruption et d’écoutes illégales, indique le journal.

Le même José luis Oliveira avait bloqué le transmission des informations concernant les Jihadisme à la police catalane des Mossos de Esquadra, et notamment des alertes de la CIA et d’autres agences de renseignements internationales qui avaient indiqué que Barcelone était une des cibles envisagées par les groupes terroristes.

Le Partido Popular a par ailleurs tenté de détruire à 35 reprises, avant finalement d’y arriver, le disque dur de l’ordinateur de Barcenas, l’ex-trésorier du PP – avant que la police ne s’en saisisse. Barcénas tenait la comptabilité parallèle du PP, la Caja B, une caisse noire dont l’existence a été prouvé lors du procès Gürtel. Ces opérations de destruction vaut au Parti Popular, lui-même d’être poursuivi – une première en Espagne et peut-être en Europe – pour destruction de preuve.

Le tribunal de Valencia a brûlé début décembre la semaine ou devait commencer le procès de l’affaire Taula, une des autres affaires du PP dans la communauté de Valencia.

En juillet 2017, une quantité de dossiers relatifs à l’affaire Punica, encore une affaire de corruption du Partido popular, était détruit. Il s’agissait des avis de marchés et de tous les éléments d’attribution de marchés de la communauté de Madrid dirigée par Crisina Cifuetes (PP). La destruction des documents nécéssaires à l’instruction aurait duré plusieurs semaines. 

Les documents ou de disque durs, ne sont pas les seuls qui disparaissent dans le cadre des quelque 75 affaires de corruption dans lesquelles est mouillé en Espagne le Partido Popular. Les personnes liées aux procès disparaissent également…

Les morts de la corruption : au nombre de douze au 1er novembre dont deux depuis juillet 2017
Miguel Blesa se serait tiré une balle dans la poitrine, avant de s’effondrer, a conclu l’autopsie rendue publique le 20 juillet. Miguel Blesa, ancien président de la caisse régionale Caja Madrid ,avait été condamné à six ans de prison dans le cadre des cartes de crédits « black » offertes à plus de 60 dirigeants de l’organisme bancaire afin de couvrir leurs frais personnels. Caja Madrid, devenue Bankia, avait été renflouée en 2012 avec plus de 20 milliards d’euros d’argent public par le gouvernement conduit par le Partido Popular, tandis que nombre de petits épargnants ont été ruinés.

Francisco José Yánez Román, membre du PP, ami personnel de Luis Barcenas, l’ex-trésorier du PP, et père de l’homme de paille qui permis à Barcenas d’ouvrir des comptes en Suisse, est décédé pour une raison inconnue, quelques jours avant d’être entendu par les juges sur les 10 millions d’euros disparus des compte de Barcénas.

En 2015, l’épouse du sénateur PP Tomás Burgos et porte-parole du PP au sénat, Maria del Mar Rodríguez Alonso, mis en examen pour malversation dans des marchés publics, se serait suicidée dans un hôtel.

Un an plus tard, Rita Barbera est retrouvée morte dans son hôtel, d’une crise cardiaque. Elle était maire PP de la ville de Valence, épicentre d’un scandale de corruption sur les marchés publics, elle venait de livrer son témoignage devant la justice.

Mort également, Francisco Sanchez Arranz, conseiller d’Iberia, élu municipal du PP, mort de « cause naturelle » une semaine avant d’être entendu par la justice.

Mort aussi, mais à 86 ans, en août 2015, de l’entrepreneur José Martinez Nuñez, mouillé dans l’affaire Gürtel.

Le corps du journaliste et responsable du Partido Popular, ami de l’ex-ministre du travail Javier Arenas, Isidro Cuberos, 58 ans, a été retrouvé dans un fossé, sans vie, près de sa moto, en octobre 2015. Membre du PP d’Andalousie, il était mis en examen dans l’affaire Gürtel.

Décédé aussi, l’architecte Léopoldo Gomez, homme de confiance de Jesús Sepúlveda, ex-mari de la ministre PP Ana Mato, un des hommes les mieux au courant des marchés publics de la communauté de Madrid, mis en examen dans l’affaire Gürtel, décédé avant d’être entendu par la juge.

Suicide pour le rocambolesque Juan Perez Mora, qui s’est fait passer pour un faux juge afin de tromper le cerveau de l’affaire Gürtel, Fernando Correa. Il a été retrouvé mort après que sa supercherie ait été découverte.

Le deuxième juge de l’affaire Gürtel, Antonio Pedreira, auteur des principales inculpations dans ce dossier explosif, est mort au bout de trente-six mois de convalescence à la suite d’un accident cardio-vasculaire. Il avait repris l’affaire après que son prédécesseur, le célèbre juge Baltasar Garzon, en ait été dessaisi pour des motifs curieux.

Álvaro Lapuerta, ex-trésorier du PP, entré dans un comas irréversible après être tombé accidentellement dans sa maison en avril 2013. C’était une pièce fondamentale pour l’instruction de l’affaire Gürtel, affaire dans laquelle il était mis en examen. Il ne pourra comparaître vu son état de santé.

Tomás Villanueva, ex-président PP de la communauté de Castille y Léon, est mort le 2 octobre 2017. Impliqué dans l’affaire de corruption du parc éolien, Tomás Villanueva est décédé à son domicile. Il devait être entendu comme mis en examen le 18 octobre, sur les commission illégales. Il était aussi mouillé dans l’affaire de La Perla Negra pour des acquisition présumées frauduleuses à Valladolid et devait également être entendu pour cela en novembre.

La corruption politique en Espagne, 45 Mds par an, 900 responsables politiques PP poursuivis….

L’Espagne a vécu au cours de l’année dernière une des plus grands procès de corruption qui a touché un parti politique en Europe, le premier volet de l’affaire Gürtel, avec aux bancs des accusés pas moins de 74 personnes dont une ancien ministre de Rajoy, deux anciens trésoriers du Partido Popular, une multitudes d’élus du PP… Le coût estimé de cette affaire pour l’Etat espagnol est estimé à quelque 120 M€ entre 2000 et 2008.

Ce 17 novembre, s’est achevé le premier volet de cette affaire Gürtel, pour laquelle, Mariano Rajoy, a d’ailleurs été cité à comparaître et entendu en juillet dernier. Ce procès qui a duré plus d’un an après près de sept ans d’instruction a confirmé le versement de 3 à 4 % du volume des marchés publics au Partido Popular par les entreprises bénéficiaires des marchés en questions. Il a confirmé également l’existence d’une caisse noire, la Caja, B, du Partido Popular, alimentés par ces dessous de tables qui finançaient les campagnes du parti et quelques de ses responsables, dont a priori Mariano Rajoy. Son nom apparaît en effet sur les carnet de Barcenas, l’ex-trésorier du PP qui tenait une comptabilité parallèle.

Mais cet énorme procès, n’est que l’une parmi plus de 75 affaires de corruption du Partido Popular traitées ou en cours d’instruction de la part de la justice espagnole, freinée par ailleurs par le pouvoir en place. Près de 900 responsables politiques du Partido Popular sont poursuivis pour des affaires de corruption. Le cout annuel de celle-ci est estimée à 45 milliards d’euros par an par la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV), volumes confirmés par l’ONG Transparency international qui situe désormais l’Espagne comme le pays le plus corrompu en Europe après l’Italie.

Le coût de la corruption politique – essentiellement due au PP- est estimé à 4,5 % du PIB espagnol. Le coût de la Mafia en Italie est elle estimée entre 1 % et 16 % du PIB Italien, suivant la manière de comptabiliser celle-ci. Les volumes détournés en Espagne par l’ »organisation criminelle » citée s’inscrive parfaitement dans cette fourchette.

Une partie de la corruption espagnole est liée à l’attribution et au détournement de fonds européens. Ce qui explique que Bruxelles ait demandé des comptes. L’Office européen de lutte anti fraude (OLAF) a demandé en effet au Tribunal national espagnol des informations sur un possible détournement de fonds européens (El Pais du 3 novembre). La demande porte sur des contrats publics de la communauté autonome de Madrid qui fait l’objet d’une instruction dans le cadre de l’affaire Punica. La demande de l’OLAF porte sur l’attribution en 2006 de marchés publics par l’institut Imade, une antenne de la communauté madrilène, suspectée d’avoir alimenté via une société intermédiaire, la caisse noire, la fameuse « Caja B », du Partido Popular.

Mais ce n’est pas le seul dossier de détournement de fonds européens en Espagne que suspecte l’OLAF. Elle a également fait des demandes en ce qui concerne l’utilisation des fonds européens dans l’affaire Acuamed. Cette entreprise publique spécialisée dans la gestion et la distribution de l’eau et liée au gouvernement du Partido Popular pilotait de nombreux chantiers publics. Des travaux financés pour plus de 821 M€ par l’Europe entre 2000 et 2013. Un de ces chantiers concerne le projet de dessalement Bajo Almanzaro en Andalousie, ce qui aurait généré, selon le juge d’instruction, une « compensation indue » de 40 millions d’euros, impliquant des hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture espagnol. Ce projet a obtenu 22,7 millions d’euros de fonds Feder.

Toutes ces informations sont sur la place publique espagnols. Le baromètre sur les préoccupations espagnoles indiquaient par ailleurs en septembre que la corruption se situait alors au 2ème range de leur préoccupations après le chômage. L’indépendance de la Catalogne n’arrivait alors qu’au 5ème rang des préoccupations. Ce qui était assea logique, l’apport de la Catalogne à l’Etat central est estimé à 16 Mds € net par an , soit trois fois moins que le coût de la corruption.

Que fait l »Europe ?

La question est donc de savoir pourquoi l’Europe soutient le régime corrompu de Madrid et son patron Mariano Rajoy. On peut comprendre l’inquiétude liée à la demande d’indépendance de la Catalogne, et le refus même d’admettre cette volonté d’Indépendance des Catalans. Mais on ne peut pas comprendre le soutien sans faille à un parti corrompu à ce niveau-là.

L’idée donnée jusqu’à présent par l’Europe, par sa logique de non intervention, c’est que l’objectif de l’Europe est de soutenir les régimes corrompus et donc de construire une Europe de la corruption. Ce qui n’est pas fatalement l’idée que pouvaient s’en faire les citoyens européens. Tenter de construire une Europe sans ses citoyens tient de l’utopie. Ce qui laisse à penser que l’Europe, l’idée même de l’Europe, est en train de mourir lentement entre Madrid et Barcelone.

Voici quelques liens vers des articles récents de journaux espagnols éclairant sur les niveaux et les affaires de corruption en Espagne –  occultés curieusement par les médias en France  . Une partie de ces articles peut être retrouvée en synthèse sur le site de La Semaine du Roussillon.

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